Quand la Belgique pousse les réfugiés à mettre leur vie en danger- Communiqué de presse- 27 octobre 2016

La Belgique refuse obstinément d’accorder un visa humanitaire à une famille syrienne vivant sous les bombardements à Alep, alors qu’une décision de justice l’y oblige. Un cas qui démontre un manque criant de solidarité et d’assistance face à la détresse des personnes qui fuient la guerre et qui tentent d’atteindre légalement notre pays. Un communiqué de presse du CIRÉ et de Vluchtelingenwerk Vlaanderen.

Un couple et ses deux enfants tentent de fuir Alep, sa guerre, ses violences, ses conditions de vie inhumaines. Ayant des amis en Belgique qui se portent garants pour eux, ils font une demande de visas depuis l’ambassade belge à Beyrouth pour rejoindre notre pays. Malgré la situation d’urgence absolue en raison du conflit armé en Syrie, l’Office des étrangers a refusé par trois fois de délivrer les visas humanitaires à cette famille. Les recours introduits ont abouti à trois arrêts du Conseil du contentieux des étrangers suspendant ces décisions de refus et enjoignant finalement l’État belge à délivrer les visas dans les 48h. L’État belge n’ayant pas obtempéré, une ordonnance du Tribunal de première instance l’a obligé à exécuter la décision de justice. Rien n’y fait, la Belgique s’obstine à refuser.

Ces visas sont pourtant le seul moyen légal de quitter la Syrie pour venir en Belgique. Le cas de cette famille montre à quel point il est difficile pour des personnes voulant fuir la guerre et la violence, comme les Syriens d’Alep, de rejoindre le territoire européen légalement, sans mettre en danger leur vie sur la route de l’exil et sans recourir à des passeurs. Alors que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés vient justement d’annoncer que le triste record de 3.800 migrants morts en tentant de traverser la Méditerranée a été atteint sur les dix premiers mois de 2016…

La Belgique a l’obligation d’accueillir et de protéger les Syriens présents sur son sol. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait puisque le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) octroie une protection à la toute grande majorité des demandeurs d’asile syriens (97,5% en 2015 et 96,7% actuellement). Notre pays reconnait donc que ces Syriens se retrouveraient dans une situation de violation de leurs droits fondamentaux s’ils devaient être renvoyés dans leur pays. Mais pour pouvoir obtenir cette protection, il faut réussir à atteindre l’Europe et la Belgique…

Les autorités belges peuvent décider de délivrer des visas humanitaires à ceux qui en font la demande depuis l’étranger et qui se retrouvent dans des situations humanitaires graves qui le justifient. Au plus fort du conflit, cette possibilité doit être davantage utilisée pour permettre à des Syriens – comme à des personnes originaires d’autres pays en guerre – qui ont des attaches ou des liens avec la Belgique d’arriver légalement sur le sol belge et de trouver un refuge dans notre pays.

Le nombre de demandes d’asile est actuellement au plus bas en Belgique. On ferme même des places d’accueil. Notre pays a la capacité d’accueillir davantage de réfugiés. L’entêtement des autorités face à des situations de détresse extrême et le non-respect des décisions de justice sont tout simplement inacceptables.

Accepter de délivrer ces visas humanitaires permettrait d’ouvrir une voie légale et sûre pour les personnes fuyant les violences et la guerre, afin qu’elles ne mettent plus leur vie en danger pour venir chercher la protection en Europe et en Belgique; ce que nous demandons depuis de nombreuses années. Nous demandons également que la Belgique respecte l’État de droit et les décisions rendues par la justice, sous peine de bafouer notre système démocratique.

Source : Quand la Belgique pousse les réfugiés à mettre leur vie en danger- Communiqué de presse- 27 octobre 2016