2016, une année meurtrière pour les migrants en Méditerranée

Si l’afflux de migrants n’est plus aussi visible qu’en 2015 dans les pays d’Europe centrale, ils sont bel et bien de plus en plus nombreux à tenter la traversée de la Méditerranée pour atteindre notre continent.Plus de la moitié des décès de migrants se déroulent en MéditerranéeLes chiffres de l’organisation des nations unies en charge des migrations ont de quoi donner le tournis : près de 390.000 migrants ont atteint les côtes européennes, une grande majorité (plus de 95%) empruntant les routes reliant la Turquie à la Grèce, et la Libye à l’Italie. Avec plus de 4.500 morts, ces quelques kilomètres de traversée sont les plus meurtriers au monde pour les migrants en 2016.En 2016, la route libyo-italienne est devenue la plus utilisée par les migrants, à l’instar de la Turco-grecque en 2015. En cause, l’accord entre l’UE et la Turquie, qui prévoit de renvoyer des migrants en Turquie sous certaines conditions. Un accord qui a permis de réduire le flux jusqu’à nos pays, mais qui n’empêche pas les migrants de toujours essayer d’atteindre les terres européennes. Même l’hiver ne semble plus les empêcher de tenter la traversée de la Méditerranée. »Les conditions dans lesquelles [les migrants] vivent en Libye sont très difficiles, explique Yohann Mucherie de l’organisation SOS Méditerranée. Il y a beaucoup de gens qui font le voyage jusqu’en Libye, un voyage souvent très éprouvant et qui peut durer plusieurs semaines, et qui reste en Libye pendant des mois voire des années. »Dès qu’ils sont à bord, ils n’ont qu’une peur, c’est qu’on les ramène en Libye »C’est arrivé que l’on ait affaire à des personnes qui étaient en Libye depuis cinq, six ans, qui attendent d’avoir de quoi se payer le trajet. Soit ils attendent d’avoir de l’argent, soit ils travaillent, c’est presque de l’esclavage. Dans un premier temps ils sont bien souvent récupérés par les garde-côtes libyens, qui les ramène en Libye, puis il retente. Et nous, on essaye d’être là quand ils arrivent. Dès qu’ils sont à bord, ils n’ont qu’une peur, c’est qu’on les ramène en Libye et on doit alors les rassurer. »Et les embarcations ne désemplissent pas malgré l’hiver : le nombre de migrants a quintuplé en une semaine en cette fin 2016 sur les côtes italiennes. Pour leur venir en aide, il n’y a en cette saison que deux embarcations humanitaires aux côtés des garde-côtes italiens, vu le caractère exceptionnel de ces chiffres.Yohann Mucherie, coordinateur sur l’Aquarius, témoigne des situations auxquelles il fait face.  » Les bateaux sont souvent très fragiles, il est déjà arrivé que l’on ait affaire à des bateaux qui sont déjà en train de couler, ou qui en cours de sauvetage se mettent à prendre l’eau. « En 10 mois, l’association SOS Méditerranée a sauvé 7500 personnes au cours d’une cinquantaine de sauvetages. « Les populations que l’on croise le plus, ce sont des Erythréens, des Nigériens, des Maliens. Proportionnellement plus d’hommes, mais malheureusement toujours des femmes, parfois enceintes, et des enfants. On a déjà eu trois naissances à bord de l’Aquarius depuis le début des opérations. On a aussi affaire à des personnes physiquement vulnérables. »La crise migratoire est loin d’être finie, et l’Italie semble être en train de payer le prix de l’accord migratoire entre l’UE et la Turquie.

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