On aime les enfants, mais pas les droits de l’enfant – Le Soir Plus

La lutte pour les droits de l’enfant, dans notre pays, reste une préoccupation quotidienne, selon un Comité de chercheurs, de professeurs et de représentants du monde associatif LECTURE ZENEn général, on aime les enfants, mais pas les droits de l’enfant.Enfin, on aime surtout les petits qui boostent Viva for life, spécialement s’ils sont malades, battus ou pauvres. Tant mieux pour eux, ils en ont besoin.Encore que. Etre un enfant malade n’empêche pas d’être jeté à la rue le 21 mars, quel que soit le temps qu’il fait, parce que le Samusocial ferme ses portes. Être battu n’empêche pas les haussements d’épaules lorsqu’il s’agirait d’inscrire dans la loi qu’aucune violence, fût-elle légère, ne peut jamais être exercée contre un enfant, parce que la violence légère appelle la violence lourde, parce que même une fessée « comme j’en ai reçu moi-même sans être traumatisé » est toujours une défaite éducative.Être pauvre n’empêche pas d’être arraché à ses parents dans l’intérêt supérieur de l’enfant, pour être placé dans une famille ou une institution convenables, puisqu’il faut bien faire comprendre à ces gens-là, Monsieur, qu’il est indécent de faire des enfants quand on est ce qu’on est et qu’on n’a pas ce qu’on n’a pas, et tant pis si l’histoire démontre que briser les familles n’a jamais, au grand jamais, rompu le cycle de la misère.On aime les enfants, mais pas les droits de l’enfant qui a déjà du poil au menton ou une poitrine qui commence à pointer. Surtout si le poil est celui d’un futur barbu coiffé d’une chéchia et si la jeune fille porte déjà le foulard ou la longue jupe des Roms. D’ailleurs ce ne sont plus des enfants, et n’allez pas faire du juridisme en rappelant que, selon le droit international, on est un enfant jusqu’à 18 ans.Quand on est capable de mendier et de voler, « malitia supplet aetatem », « la méchanceté supplée l’âge », c’est Charles Quint qui l’a dit il y a cinq siècles, et, depuis, les tribunaux de la jeunesse n’ont pas beaucoup évolué en s’illusionnant sur les mérites de la prison chaque fois qu’ils renvoient un jeune se faire juger comme un adulte.Lire aussiQuand la vérité sort du crayon des enfantsUne comptine légistiqueOn aime les enfants, mais pas les droits de l’enfant étranger. Répétez dix fois «  enfant étranger  » et écoutez quel est celui des deux mots que l’on entend le plus distinctement. Alors qu’ils soient assassinés à Alep ou au Kivu, qu’ils se noient en Méditerranée ou qu’on enferme dans des centres fermés ces petits totalement innocents de la méchanceté des adultes, on ne voit pas le rapport avec l’État de droit.On aime les enfants, mais le pouvoir ne protège pas les droits de l’enfant. Nos législateurs écrivent « intérêt de l’enfant » dans la plupart des lois, décrets et autres ordonnances ou règlements, mais la norme demeure d’abord celle qui sert l’intérêt ou le désir des adultes, et cette comptine légistique ne sert qu’à évoquer, pour le principe, d’éternels absents. On ne demande que ce que l’on n’a pas. On n’appelle que ceux qui ne sont pas là.Tout un gouvernement se met d’accord pour violer l’autorité constitutionnelle de jugements qui protègent une famille et des enfants, mais le pire est la rapidité et la facilité avec lesquelles on s’habitue à cette atomisation inédite du droit en général et des droits de l’enfant en particulier. Sous prétexte de son manque de précision, nos hautes juridictions refusent que soit invoquée devant elles la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, que la Belgique a ratifiée et qui constitue un traité obligatoire, alors que par exemple la Cour de cassation française, qui ne ressemble tout de même pas un club d’excités avant-gardistes, ne s’est pas rendue à cet argument trop confortable.Lire aussiBernard Devos: «Les enfants migrants, une situation terrifiante»Que reste-t-il des Marches blanches ?Il existe des institutions indépendantes, ou plutôt des personnes, investies de la mission de tenter de rendre effectifs les droits de l’enfant en Belgique, le Délégué général aux droits de l’enfant et le Kinderrechtencommisaris (pour ne pas mentionner l’Organe d’avis de la Commission nationale pour les droits de l’enfant, interfédérale, que personne ne connaît et que personne n’écoute). Mais, si on prétend aimer les enfants, peut-être n’aime-t-on pas ceux qui défendent leurs droits ?Le Délégué général présente son rapport annuel au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ce 11 janvier 2017. Si vous le lisez, vous saurez ce que la Belgique des marches blanches fait aux enfants. Le Délégué se fera peut-être attaquer par quelque populiste parce qu’il a osé poser la question de la part de liberté et de la part du conditionnement social à propos des enfants radicalisés (répétez dix fois «  enfants radicalisés  », et dites quel mot on entend le mieux), ce qui n’est finalement que la question de la criminologie depuis qu’elle existe, mais là n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est de faire aimer les droits de l’en

Source : On aime les enfants, mais pas les droits de l’enfant – Le Soir Plus