De Lesbos à Bruxelles, dans les pas des réfugiés 

Un collectif de citoyens belges va parcourir la route migratoire des Balkans en courant pour dénoncer l’inhumanité de la politique européenne actuelle.Transformer une colère en démarche positive, tel est le moteur de Valter Iurlaro. Ecœuré par la situation des migrants qui se noient depuis des années en Méditerranée et affligé par les murs qui se sont mis à repousser le long de certaines frontières européennes, cet ingénieur carolo préfère l’action à la démission.3000 km en courantEn compagnie d’une quinzaine d’autres citoyens engagés, Valter quittera l’île grecque de Lesbos le 6 avril prochain pour rejoindre Bruxelles dix jours plus tard. Les participants se relaieront pour parcourir chacun une trentaine de kilomètres par jour en courant, afin d’accomplir les quelque 3000 km qui séparent la Grèce de la Belgique.Un défi physique qui rappelle que migrer est avant tout une épreuve. Ils emprunteront la tristement célèbre “route des Balkans” par laquelle des dizaines de milliers de demandeurs d’asile ont tenté de rejoindre l’Europe l’an dernier. Une voie migratoire qui est aujourd’hui presque totalement verrouillée.Ne pas accepter la banalisation du malBaptisée “Human’s Welcome”, cette initiative n’est en aucun cas antipolitique et ne veut fustiger personne, explique son initiateur. Il s’agit plutôt d’un appel à un sursaut des consciences, “au lieu de se laisser guider par des peurs irrationnelles” qui poussent à ériger des murs et à tourner le dos à toutes les valeurs humanistes sur lequel s’est construit le projet européen.La situation actuelle débouche sur des politiques schizophrènes, conduisant à une forme de “banalisation du mal”, telle que la décrivait la philosophe Hannah Arendt, estime Valter Iurlaro. Une dérive illustrée par la récente noyade d’un migrant africain dans le canal de Venise, sous les yeux de témoins indifférents.Tout au long de leur périple, les participants iront à la rencontre de réfugiés, mais aussi de ceux et celles qui leur apportent de l’aide, qu’il s’agisse d’ONG ou d’habitants locaux. “Il y en a partout. En Macédoine, en Serbie et même en Hongrie, contrairement à ce que l’on pourrait croire.” Des échanges qui permettront aussi de discuter des difficultés que peut poser l’arrivée de ces demandeurs d’asile dans certaines régions où la pauvreté est déjà souvent très présente.Au passage, “Human’s Welcome” souhaite également attirer l’attention sur la situation de la population grecque qui, malgré le lourd tribut payé aux mesures d’austérité punitives, a fait preuve d’une grande générosité vis-à-vis des migrants. Dans leurs bagages, les participants emmèneront ainsi des médicaments destinés aux Grecs dans le besoin.Tous sont bénévoles et assument les frais de leur participation à cette opération à laquelle ils ont choisi de consacrer une partie de leur temps libre. Un financement participatif est également organisé via la plateforme Indiegogo. Des dons destinés à couvrir les frais de location des trois mobilhomes qui serviront à apporter sur place les médicaments et les vêtements collectés, puis à véhiculer les coureurs pour organiser les relais.L’arrivée est programmée le dimanche 16 avril sur l’esplanade du Parlement européen, où prendra place une création artistique représentant un zodiac et des gilets de sauvetage, ainsi qu’un assemblage de cartes symbolisant les messages adressés aux eurodéputés. Toutes les personnes qui souhaiteraient accompagner les coureurs durant leurs derniers kilomètres sont les bienvenues.

Source : De Lesbos à Bruxelles, dans les pas des réfugiés – La Libre.be