« Let’s bring them here »: des citoyens se mobilisent pour soutenir les réfugiés

Des citoyens, soutenus par une trentaine d’ONG, ont mené une action symbolique ce lundi dans le quartier Schuman afin de sensibiliser les dirigeants européens à la question de la relocalisation des demandeurs d’asile. L’action « Let’s bring them here », que l’on pourrait traduire par « Laissez-nous les ramener ici », vise à rappeler aux Etats membres leurs engagements en ce qui concerne la relocalisation de milliers de réfugiés toujours coincés en Grèce et en Italie.Alors que se déroule ce lundi 6 mars un Conseil des ministres européens des Affaires étrangères et à quelques encablures du sommet européen de ces jeudi et vendredi, cette manifestation a pour but d’interpeller les dirigeants européens. Les manifestants veulent démontrer que les citoyens sont prêts à aller chercher eux-mêmes les demandeurs d’asile en Grèce ou en Italie si les gouvernements ne prennent pas leur responsabilité.Les mêmes dynamiques que celles qui existaient au parc Maximilien

Parmi les ONG qui soutiennent cette initiative, le CNCD-11.11.11, Amnesty, le Ciré ou encore Médecins du Monde dont le directeur général, Pierre Verbeeren, était l’invité de Mehdi Khelfat ce lundi sur La Prem1ère. Il fait un parallèle entre la mobilisation de ce lundi et les nombreuses initiatives prises par des citoyens en 2015 lors de l’installation de centaines de réfugiés au parc Maximilien : « On retrouve dans cette action les mêmes dynamiques que celles qui existaient au parc Maximilien, lorsqu’il y avait un camp au cœur de Bruxelles parce que l’Etat n’était pas capable d’enregistrer 150 demandes d’asile par jour. C’est cette volonté citoyenne que toutes nos organisations constatent, c’est ces milliers de bénévoles qui étaient prêts à prêter main-forte aux demandeurs d’asile. Eh bien aujourd’hui, ce sont ces mêmes personnes qui sont prêtes à faire un geste et à aller accueillir des personnes qui sont aujourd’hui bloquées en Grèce et en Italie et qui attendent que les Etats mettent en oeuvre les décisions qu’ils ont prises de les relocaliser dans les pays de l’Union européenne ».Une situation très compliquée dans une Grèce en souffranceL’ONG Médecins du Monde est présente sur le terrain notamment en Grèce et en Italie et Pierre Verbeeren évoque une situation très compliquée : « La Grèce est un pays qui souffre déjà terriblement d’un régime d’austérité. Nous qui sommes actifs dans le domaine de la santé, on voit que les hôpitaux et le système de santé sont déjà fortement mis à mal. Il y a une cinquantaine de camps répartis dans tout le pays qui sont mal équipés, qui constituent des poches dans lesquelles il faut créer tous les services du monde alors que l’objectif – et des demandeurs d’asile, et des habitants -, ce serait que chaque demandeur d’asile puisse s’installer là où il peut plutôt que dans des camps, des tentes, des hangars, etc. Je pense que nous avons tous envie et même besoin de vivre dans une situation décente et pas dans des containers, dans des camps où les gens sont complètement bloqués ».Pierre Verbereen souligne aussi qu’il est nécessaire que des citoyens s’investissent dans de telles actions : « L’objectif des citoyens aujourd’hui, c’est de dire : à quoi ça sert ? Quel est le sens de tout ça ? Pourquoi maintenir tant de souffrance alors qu’on peut faire vivre la solidarité ? Ce sont les citoyens qui le disent, ils l’ont déjà dit, et je pense que c’est vraiment important qu’ils le redisent aujourd’hui ».La Belgique, à la traîne, comme ses partenaires européensCe plan de relocalisation des réfugiés a été mis au point par la Commission européenne en septembre 2015 et prévoyait à l’époque la réinstallation de 160 mille personnes à répartir entre les 28 Etats membres de l’Union. Un an plus tard, en septembre 2016, à peine 5000 réfugiés avaient effectivement été réinstallés.Et comme ses partenaires, la Belgique est très loin du compte regrette Pierre Verbeeren : « Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la Commission européenne. Et pourtant, la part de travail n’est pas colossale, on n’est pas face à un effort titanesque. Dans la répartition prévue par la Commission européenne, il s’agit d’un peu moins de 4000 personnes que la Belgique devrait prendre en charge. C’est à dire très peu, à peine 10% des demandeurs d’asile qui ont été enregistrés en 2015. Donc, c’est pas énorme comme effort. Et la Belgique aujourd’hui en est à un peu moins de 400 ».

Des gouvernements tétanisés par la montée des populismes

Cette frilosité des Etats membres à prendre leur juste part de réfugiés en charge, la faute à la crainte des dirigeants européens face à la montée des populismes dans l’Union ? Justement répond Pierre Verbeeren, c’est pour ça que des actions citoyennes sont intéressantes : « On le voit, c’est une initiative citoyenne relayée par nos organisations. Donc ce sont des groupes de personnes qui disent que ce n’est pas si compliqué que ça. Et donc, nous avons vraiment l’envie de relayer ces messages et d’y participer. On le voit, nos organisations sont appelées en permanence par des personnes qui veulent être bénévoles, qui veulent soutenir des actions, qui veulent être généreux et solidaires. Alors, c’est peut-être notre responsabilité face au fait que notre gouvernement est tétanisé. C’est peut-être un message important de dire que dans la population, il y a vraiment beaucoup de personnes qui sont prêtes à se mobiliser ».

Source : « Let’s bring them here »: des citoyens se mobilisent pour soutenir les réfugiés