InfoMigrants peut-il combattre les passeurs ? – La Libre

Un site d’information en français, arabe et anglais est piloté par trois grands médias européens. Nouveauté.Un enfant mort, échoué sur le sable de Bodrum, en Turquie : Aylan Kurdi, 3 ans, originaire de Syrie. En septembre 2015, sa photo avait fait le tour du monde. En plein débat sur la crise migratoire, confrontés à ce petit visage mordu par le ressac, Marie-Christine Saragosse et Peter Limbourg, les directeurs de France Médias Monde (groupe public audiovisuel français réunissant France 24, RFI, Monte Carlo Doualiya) et Deutsche Welle (groupe audiovisuel international allemand) ont eu l’idée d’informer les migrants sur les dangers qui les attendaient, mais aussi sur les opportunités et les moyens plus sûrs d’arriver à destination. L’agence de presse italienne Ansa s’est très vite associée à eux.Ainsi est né InfoMigrants en grande partie cofinancé par la Commission européenne. Ce site d’information ouvrait une voix nouvelle capable d’étouffer celle des passeurs qui font circuler mensonges et manipulations sur Internet…Une ligne de vie »Le site est nourri, pour un tiers, de contenus déjà publiés par nos maisons-mères dont le logo apparaît sur le site et, pour deux tiers, d’informations spécifiques alimentées par des équipes dédiées. Soit huit personnes parlant trois langues : français, arabe et anglais », explique Amara Makhoul, rédactrice en chef adjointe à France 24 en charge de InfoMigrants.net. »Parmi les informations délivrées aux migrants : comment chercher un emploi, comment faire sa demande d’asile. Mais nous ne voulons ni chercher à les décourager, ni les inciter à venir en Europe. Juste leur donner des infos utiles et les actualités qui les intéressent, y compris sur leurs pays d’origine. Le but est de mieux les informer sur les dangers encourus afin de leur permettre de faire un choix éclairé, de déconstruire ces mythes sur l’intégration à travers des exemples de personnes qui ont réussi et d’autres pas. En Allemagne, des migrants disent qu’ils veulent retourner dans un pays musulman pour élever leurs enfants. En France, de jeunes Syriens disent que les relations hommes-femmes leur plaisent davantage du fait de la liberté. »Grâce aux Observateurs de France 24, les migrants peuvent raconter leurs expériences qui sont vérifiées et modérées par les équipes de France Médias Monde et de Deutsche Welle.Récits et statistiquesL’Université britannique « The Open University », spécialiste des questions migratoires et des médias, assure un suivi du projet sur le terrain et à partir des statistiques. Elle se rendra dans des camps de réfugiés pour demander aux migrants s’ils trouvent le site utile. « Depuis son lancement en mars dernier, le site a beaucoup été consulté en Syrie et en Allemagne par des arabophones. Pas uniquement par des migrants qui sont sur la route, mais aussi par ceux qui ne sont pas encore partis de chez eux », précise Amara Makhoul.Les migrants restent de grands utilisateurs de smartphones, de réseau sociaux comme autant de lignes de vie qui les relient à leurs proches. « Contrairement aux idées répandues, les migrants ne sont pas des analphabètes. Médecins, ingénieurs, chercheurs… leur niveau est même assez élevé. D’ici quelques semaines, nous allons interviewer l’un d’eux, astronaute syrien », annonce Amara Makhoul.Virginie Roussel8

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