Immigration : le FN ne connaît pas son sujet – Libération

En apparence, le projet du FN en matière d’immigration a un peu changé en cinq ans. En fait, il demeure aussi xénophobe, intenable et peu sérieux. En 2012, la candidate Marine Le Pen promettait de limiter à 10 000 le nombre d’entrées légales. Soit une division par plus de 20. Pour 2017, il s’agit de conserver l’objectif de 10 000… mais le FN évoque désormais le solde. C’est-à-dire la différence entre les entrées et les sorties des étrangers. La raison de cette évolution est aisée à comprendre : l’objectif était totalement intenable. Il impliquait notamment de supprimer toute entrée d’étudiants étrangers ainsi que l’interdiction pour un(e) Français(e) s’étant marié à un(e) étranger(ère) de faire venir son ou sa conjoint(e). En 2016, au moment de commencer à réfléchir au programme de 2017, le FN a donc discrètement changé son fusil d’épaule. Pour faire passer ce numéro de haute voltige statistique, le parti a mobilisé une dose chevaline de mauvaise foi, jurant que cette notion de solde avait toujours figuré dans son programme. Ce qui est un grossier mensonge. Le Front national peut d’ailleurs se féliciter que peu de médias aient à l’époque souligné le niveau d’amateurisme de ce bricolage, sur un sujet qui se veut pourtant le cœur de la réflexion du parti frontiste depuis quarante ans. En apparence, le nouvel objectif est moins évidemment inaccessible. En fait, il est toujours peu sérieux et attentatoire aux droits les plus élémentaires.Plus de réfugiés de guerrePeu sérieux, d’abord, car le FN est bien incapable de justifier son objectif de 10 000, lequel est parfaitement arbitraire. Comme tous les objectifs chiffrés, pourrions-nous dire… Sauf que le FN ne sait pas d’où il part, car nul ne connaît le solde précis d’étrangers. La statistique qui circule le plus souvent en matière de solde est celle qui est issue des enquêtes de recensement de l’Insee. En 2013, l’institut estimait à 140 000 le solde migratoire des immigrés (235 000 arrivées pour 95 000 départs). Mais il ne s’agit que d’une extrapolation qui, par ailleurs, porte sur le solde des immigrés, et non des étrangers. Deux catégories qui ne se confondent pas, puisque certains immigrés peuvent avoir acquis la nationalité française. Mais le FN, dans le flou qui est le sien, se moque de ces nuances.La gestion de l’immigration via le solde est pourtant fort peu répandue à l’étranger… et jamais aussi drastique. Theresa May a repris l’objectif (jamais atteint, loin s’en faut) de David Cameron de diviser par trois le solde des immigrés, de 300 000 à 100 000. Dix fois plus que ce que le FN vise. Et si l’on regarde le solde des immigrés en Europe, on constate qu’aucun pays européen ne s’approche de l’objectif frontiste. Pour tenir cet engagement, le parti préconise un bouclage à double tour inédit. Le FN souhaite ainsi cesser toute immigration économique. Au point de vue du droit, c’est la mesure sur laquelle il est le plus facile d’agir. Au point de vue économique, c’est absurde. Le nombre d’entrées légales au titre du travail, déjà encadrées, est de 20 000 par an environ. Dans ce total, on trouve par exemple 3 000 scientifiques qui se verraient donc dénier l’accès au territoire français.Le FN souhaite également la fin du regroupement familial. Ce qui est aussi peu efficace au niveau du volume (seulement 12 000 entrées par an) qu’attentatoire aux principes et aux droits élémentaires. Le regroupement familial, déjà très encadré (conditions de ressources et de logements) est un droit constitutionnel au regard du dixième alinéa du préambule de la Constitution de 1946, qui dispose que «la nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement».Le problème se pose dans les mêmes termes en matière d’asile. Le FN veut faire passer d’environ 30 000 à quelques centaines le nombre de réfugiés admis sur le territoire. C’en serait fini de l’accueil des réfugiés de guerre, que le FN estime (au prix d’une lecture erronée de la convention de Genève) ne pas correspondre à la définition originelle de l’asile. Ce dernier se limiterait aux réfugiés politiques stricto sensu. En vertu de quoi la France deviendrait un paria parmi les pays développés. L’Hexagone est actuellement, en dépit des intox sur le sujet, un élève moyen (voire médiocre) sur l’accueil des demandeurs d’asile et l’octroi du statut, si on se rapporte à la population. En limitant à quelques centaines le nombre de réfugiés, on ferait de la France une peu glorieuse exception, au niveau d’accueil proche de celui de la Hongrie (environ 500 réfugiés admis en moyenne annuelle).Le FN, enfin, admettrait les étudiants étrangers, mais à la condition d’obtenir l’assurance qu’ils repartent. Ce qui ferait de la France le seul pays à ne pas essayer de retenir ses étudiants les plus brillants. Beau symbole d’un pays fermé sur lui-même.Tous dans le même panierCôté départs, le Front national entend renvoyer dans leur pays les étrangers après une période de chômage. Marine Le Pen s’est montrée disc

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