Les réfugiés trouvent-ils du travail chez nous? | L’Echo

De­puis 2015, un tiers des ré­fu­giés ins­crits au­près d’Ac­ti­ris ont trouvé un job sa­la­rié. Un taux de mise au tra­vail qui place Bruxelles à mi-che­min entre la Flandre et la Wal­lo­nie sur ce ter­rain. Les obs­tacles à l’em­ploi res­tent néan­moins lé­gion. • A BruxellesDeux ans après un été 2015 mar­quant un cli­max dans la crise des mi­grants, un pre­mier bilan de l’in­té­gra­tion de ce pu­blic sur le mar­ché de l’em­ploi en Ré­gion bruxel­loise se pro­file. Il res­sort ainsi de ques­tions par­le­men­taires po­sées au sein de l’hé­mi­cycle bruxel­lois au mi­nistre de l’Em­ploi Di­dier Go­suin (DéFI) que, sur les 5.262 de­man­deurs d’em­ploi in­oc­cu­pés ins­crits en 2015 et 2016 au­près d’Ac­ti­ris comme ré­fu­gié ONU, 1.636 avaient tra­vaillé du­rant au moins un mois au cours de ces 2 an­nées, prin­ci­pa­le­ment dans le sec­teur pu­blic, le com­merce, l’ho­reca, mais aussi les soins de santé. Soit un taux d’em­ploi de 31,1%.Si le bilan peut pa­raître mi­tigé, Ac­ti­ris l’ex­plique par la pé­riode de suivi très courte dont ont bé­né­fi­cié les ré­fu­giés ins­crits en 2016. En effet, une fois en­re­gis­trés, une grande par­tie d’entre eux ont en­core à pas­ser par di­verses étapes, comme l’ap­pren­tis­sage d’une langue avant d’en­vi­sa­ger cher­cher un em­ploi, ce qui ex­plique des ré­sul­tats faibles pour la co­horte 2016 (18,8% de taux de sor­tie), com­pa­ra­ti­ve­ment à celle de 2015 (36,9%).• En FlandreConsi­dé­rée comme plus proac­tive en la ma­tière, la Flandre af­fiche à par­tir de 2015 un taux de sor­tie à l’em­ploi sa­la­rié de 37,3% sur un an et de 47,7% sur deux ans. C’est juste un peu moins bien que des pays comme l’Al­le­magne ou la Suède, se targue le VDAB.• En Wal­lo­nieEn Wal­lo­nie, 20% des primo-ar­ri­vants ins­crits au Forem en 2015 et 2016 ont trouvé une sor­tie vers le sa­la­riat, 11,7% vers une for­ma­tion, et 41,8% vers une autre sor­tie (un chiffre qui prend en compte les ma­la­dies, les pen­sions, mais aussi le tra­vail in­dé­pen­dant). Le taux de sor­tie à l’em­ploi après un an y est lui de 25,2%. »In­té­gra­tion par le tra­vail »Au-delà des chiffres, les réa­li­tés en ma­tière d’em­ploi et de chô­mage dif­fèrent for­cé­ment entre les Ré­gions. Mais aussi les mé­thodes. Un exemple: plu­tôt que d’op­ter pour une tra­jec­toire li­néaire où le ré­fu­gié re­çoit ses pa­piers, trouve un lo­ge­ment, ap­prend une langue et puis seule­ment cherche un bou­lot, le VDAB dit plu­tôt cher­cher à pla­cer la mise à l’em­ploi le plus vite pos­sible dans cette chaîne, pour pro­mou­voir ce qu’il ap­pelle « l’in­té­gra­tion par le tra­vail ».En­suite, là où le Forem sou­ligne par exemple qu’il dis­pose de conseillers « spé­ciaux mi­grants », on ap­prend de la ré­ponse ap­por­tée par Di­dier Go­suin qu’une ac­tion primo-ar­ri­vants lan­cée par Ac­ti­ris en 2016 en vue de sim­pli­fier l’in­for­ma­tion, l’ins­crip­tion et l’orien­ta­tion des ré­fu­giés, a en fait été in­ter­rom­pue au bout de 8 mois pour cause de ré­sul­tats trop peu pro­bants. 65 per­sonnes en tout se se­raient pré­sen­tées pour ces ses­sions col­lec­tives.Ré­sul­tats: les ré­fu­giés sont au­jour­d’hui trai­tés par Ac­ti­ris au même titre que n’im­porte quel autre cher­cheur d’em­ploi. Un re­tour en ar­rière qui en ir­rite cer­tains. « Si Ac­ti­ris fait une offre, mais constate qu’ap­pa­rem­ment ce n’est pas la bonne parce que les gens ne trouvent pas leur che­min ou constatent que ça ne les aide pas, dire qu’on ar­rête tout ne me semble pas la bonne po­li­tique », re­grette le dé­puté Groen Bruno De Lille, selon qui un tra­vail sup­plé­men­taire de­vrait aussi être fait pour boos­ter des pro­jets comme Duo for a job, qui coache quelque 200 ré­fu­giés dans leur re­cherche d’em­ploi.Outre la bar­rière de la langue, les pro­cé­dures d’équi­va­lence de di­plômes consti­tuent aussi sou­vent un frein pour ce pu­blic, constate le Ciré (Co­or­di­na­tion et ini­tia­tives pour ré­fu­giés et étran­gers), par­te­naire d’Ac­ti­ris sur cette ma­tière. « En Fé­dé­ra­tion Wal­lo­nie-Bruxelles, pour ob­te­nir une équi­va­lence com­plète pour prou­ver qu’on a un mas­ter d’in­gé­nieur, il faut mon­trer plus de 10 do­cu­ments », ex­plique Rix De­passe, res­pon­sable au Ciré. Une de­mande très lourde quand on connaît les condi­tions de voyage des ré­fu­giés. À titre de com­pa­rai­son, le VDAB uti­lise lui un sys­tème de pro­fi­lage qui se base plus sur des tests de com­pé­tences réelles que sur les di­plômes.

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