Interview exclusive du directeur du centre fermé de Vottem: « On a réussi à casser notre image de camp de déportation. Pas de prison… » – La DH

Jean-François Jacob, directeur du centre fermé de Vottem depuis 1996, s’est livré à la DH sans tabou. Une occasion de comprendre les dessous de ces institutions opaques.Il y a 5 centres fermés en Belgique, où sont détenus les ressortissants étrangers en attente de leur rapatriement.Pourquoi les centres ne sont-ils pas accessibles à la presse ? »Ça dépend d’un politique à l’autre. Theo Francken communique énormément tout seul… On a reçu des médias au début, notamment une équipe de Striptease , ce qui m’a valu quelques sueurs froides (rires) . À l’époque, on devait démystifier, montrer la réalité du centre. On était vus comme une zone de non-droit, comme un camp de déportation. Les manifestations devant le centre étaient très impressionnantes avec parfois 6.000 personnes. Les politiques du moment ont compris qu’il fallait ouvrir les portes. Et une fois que ça a été fait, que les gens ont vu qu’on n’était pas des salauds, les rangs des manifestants se sont vidés. »La mobilisation citoyenne est toujours présente à vos portes. Est-ce que ça joue sur la vie du centre ? »Au début, c’était surprenant et très impressionnant. Maintenant, non, ça n’a plus aucune incidence. C’est toujours possible mais peu probable. Les opposants n’aiment pas l’institution, ni ce qu’elle représente mais se sont faits à l’idée même de son existence. On a une grosse manifestation par année, au mois de mars. Les purs et durs – une demi-douzaine – du groupe d’opposition au centre manifestent une fois par semaine. »La particularité de votre centre, c’est son aile sécurisée, unique en Belgique. La cohabitation avec les autres ailes est-elle facile ? »Au début, je pensais que ce serait plus difficile mais ça ne pose problème qu’avec certaines personnes. Les détenus de cette aile (qui compte entre 8 et 15 résidents répartis dans 11 chambres avec 2 lits chacune, NdlR) viennent d’une prison, des ailes générales ou d’un autre centre fermé. Pour leur propre sécurité, celle du personnel ou des autres résidents, ils ne peuvent pas être en groupe. Ils sont enfermés à l’intérieur au maximum 21 heures sur 24, ce qui est un régime à part et beaucoup plus dur. Avant, des étrangers illégaux aux profils plus ‘communs’ étaient mélangés à ceux qui, en plus d’être en séjour irrégulier, purgeaient une peine de prison. Une des 4 ailes a donc été transformée – sous l’impulsion de Maggie De Block, prédécesseur de Theo Francken, NdlR – parce qu’on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas les laisser ensemble. Certains commettaient des actes face auxquels on n’était pas préparés. Par exemple, percer des blocs de béton, faire rentrer des outils depuis l’extérieur, etc. Cela dit, le but, c’est qu’ils puissent réintégrer une aile commune (qui compte 36 résidents maximum, NdlR) . Avec certains, c’est possible. Mais pas avec tout le monde. »Beaucoup d’ONG, de parlementaires et de citoyens considèrent que les centres fermés sont des prisons. Leurs critiques sont-elles justifiées ?

Source : Interview exclusive du directeur du centre fermé de Vottem: « On a réussi à casser notre image de camp de déportation. Pas de prison… » – La DH