Au Québec, une galaxie de groupuscules d'extrême droite sort de l'ombre

La Meute, les Soldats d’Odin, la Fédération des Québécois de souche ou Horizon Québec Actuel, les groupes souverainistes et hostiles à l’immigration –proches ou affiliés à l’extrême droite– s’affichent de plus en plus au Canada afin de peser sur le débat politique.

Comptant chacun entre une dizaine et quelques milliers de membres, ces groupes ayant parfois des liens entre eux attirent en général des sympathisants grâce à une personnalité placée à leur tête ou à leur affiliation à une organisation plus structurée à l’international.

“Un groupe peut disparaître du jour au lendemain à cause d’un schisme interne, ou d’une décision de ses membres de s’auto-dissoudre ou d’entrer totalement en clandestinité”, souligne Aurélie Campana, spécialiste de l’extrême droite au Canada.

Avec les vifs débats autour de la laïcité et du port du voile intégral, les extrémistes sont sortis de l’ombre alors que, “jusqu’à très récemment, ces groupes d’extrême droite refusaient de faire partie de la joute politique et du débat public”, explique cette professeure à l’Université Laval de Québec.

A l’automne dernier, une cinquantaine de sympathisants d’extrême droite ont manifesté devant l’Assemblée nationale à Québec. Etait notamment présente l’organisation Atalante, avec sa banderole: “Terroristes à mort, islam dehors”.

En mars, près de 200 personnes réunies par La Meute et les Justiciers du Peuple ont dénoncé une motion du parlement canadien condamnant l’islamophobie, adoptée après une fusillade dans une mosquée de Québec le 29 janvier. Ce jour-là, six musulmans sont tombés sous les balles d’un jeune nationaliste.

Pointés du doigt, les groupuscules d’extrême droite s’étaient aussitôt dissociés de cet acte.

Selon le collectif Bienvenue aux réfugiés, il a été commis par un étudiant “connu pour des prises de positions identitaires, pro-Le Pen et anti-féministes à l’université Laval et sur les réseaux sociaux”.

Comme en Europe, l’extrême droite canadienne fait de la lutte contre l’immigration son cheval de bataille.

L’accueil de plus de 40.000 réfugiés syriens depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Justin Trudeau leur donne l’occasion de sortir au grand jour quand l’intégration de ces immigrants pose ici ou là quelques difficultés.

– Affilié au FN –

“Les groupes d’extrême droite québécois ont plusieurs objectifs” mais qu’ils soient “anti-immigration, ultranationalistes ou néofascistes (…), l’étendard de bataille s’appelle laïcité” et passe par le combat contre l’islam radical, relève Maxime Fiset, ancien de la Fédération des Québécois de souche (FQS).

“Notre combat, c’est combattre l’islam radical”, confirme à l’AFP Patrick Beaudry, l’un des fondateurs de La Meute il y a moins de deux ans, en se défendant de prôner des valeurs extrémistes ou racistes.

“La société québécoise n’est pas raciste, elle est tellement accueillante”, ironise le quinquagénaire. Arborant un T-shirt noir frappé d’une patte de loup, il reconnaît que son mouvement va “peut-être être plus radical” à l’avenir.

Il n’est pas insensible aux idées du Front national en France. “Ce que j’entends du Front national me charme”, dit-il.

Même chose pour la Fédération des Québécois de souche qui avait salué “Le Québec bleu Marine” à l’occasion de la visite mouvementée de Marine Le Pen dans la Belle province en avril 2016.

Le terrain semble favorable aux idées du Front national à Québec, où les Français ont voté à 20% pour Mme Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, deux fois plus que la moyenne des Français au Canada.

“Beaucoup associent l’extrême droite au racisme et se dire raciste, c’est être stigmatisé. Or, ces groupes veulent tenter de se légitimer”, analyse Mme Campana.

Car plusieurs groupes, dont La Meute, entendent percer aux élections l’an prochain dans la province francophone où le parti libéral est aux commandes.

Horizon Québec Actuel, parti affilié au Front national français, s’est d’ailleurs positionné lors d’une législative partielle fin mai à Montréal avec Alexandre Cormier-Denis. L’une de ses affiches électorales présentait d’un côté le visage d’une jeune fille coiffée d’un bonnet bleu et, de l’autre, la même jeune fille sous un niqab noir.

“On demande aux immigrés de prendre les moeurs et les coutumes du peuple québécois, ça n’a rien à voir avec du racisme”, clame M. Cormier-Denis, qui pose avec Marine Le Pen sur les réseaux sociaux ou sur le site internet de son mouvement.

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