A Metz, plusieurs centaines de migrants dans un "bidonville humanitaire"

Près de 700 demandeurs d’asile y passent chaque jour, le camp de Blida, aménagé en avril par l’Etat sur un parking à Metz, est considéré par les associations et les bénévoles comme un “bidonville humanitaire” où promiscuité et violences s’intensifient.

“Il n’y a même plus la place de mettre des blocs sanitaires. Il fait chaud, la densité est plus importante, donc la tension monte”, explique Marie-Claire Fabert, l’une des responsables associatives qui intervient sur le camp.

Ce parking, où s’accumulent des tentes fournies par des collectifs citoyens, a été transformé en camp en avril, lorsque la préfecture de Moselle a indiqué ne plus avoir une seule place pour loger les demandeurs d’asile.

Au printemps, 150 personnes y avaient été installées: avec 500 personnes en moyenne arrivant chaque mois, la préfecture n’avait plus aucune capacité d’accueil.

“Quand on est passé au delà de 300, cela a commencé à être compliqué. Puis, quand cela a dépassé les 400, on a senti que l’on ne gérait plus la situation”, explique Claude, l’un des bénévoles qui s’occupent notamment des distributions de tentes et de repas chauds.

La nuit, désormais, certains ne dorment pas dans leur tente, de peur des violences, mais dehors, non loin des trois hommes chargés de la sécurité.

La police, elle, passe toutes les deux heures pour compter les personnes et les tentes. Samedi, sur les 697 personnes passées sur le camp, moins de la moitié y a effectivement dormi. Les autres passent, puis repartent, explique un bénévole.

Selon les chiffres communiqués aux associations par la préfecture – qui n’était pas joignable – 285 personnes précisément résident 24H/24 dans le camp.

Pour Médecins du Monde, qui assure une quarantaine de consultations par semaine, promiscuité, chaleur, et conditions sanitaires favorisent l’apparition de maladie ORL, mais aussi de problèmes de peaux.

Quant aux femmes enceintes ou aux personnes souffrant de maladies chroniques – diabète, asthme… – on constate des ruptures de traitements: l’hôpital est loin, et les personnes ne peuvent pas toujours payer le billet de bus.

  • ‘viols et bagarres’ –

“Il existe pire ailleurs, mais là, c’est cynique, parce que c’est organisé par l’Etat”, souligne l’une des responsables, qui parle d’un “bidonville humanitaire”.

“C’est considéré comme un camp humanitaire. Or dans un camp humanitaire, les normes, c’est 15.000m2 pour 500 personnes, 1 toilette pour 20, 1 douche pour 40. A Blida, il y a en tout et pour tout 9 toilettes et 9 douches”, ajoute-t-elle.

Naim, un Albanais de 30 ans, est là depuis avril, avec sa femme et ses deux filles. La plus jeune, 17 mois, fait régulièrement des poussées de fièvre. “39°, 40°…”, raconte-t-il sous la chaleur, assis à l’ombre de la cabane des 3 hommes de la sécurité.

Mais même eux sont dépassés: la nuit, il y a “de l’alcool, des bagarres, et des viols”, expliquent sous couvert de l’anonymat plusieurs bénévoles.

Les années précédentes, une mafia s’était installée dans le camp, qui faisait payer l’accès aux douches ou à la cuisine. En 2017, l’Etat a missionné Adoma (ex-Sonacotra) pour empêcher de tels agissements.

Face à la situation, associations et préfecture ont tenu une réunion vendredi, au cours de laquelle plusieurs avancées ont eu lieu: le parking va être agrandi et réaménagé, pour organiser un coin “nuit” et laisser un espace libre, alors que les enfants zigzaguent en vélo de fortune entre les tentes.

La mairie et l’Etat se sont aussi engagés à fournir de nouveaux blocs sanitaires et améliorer le “coin cuisine”, où pour l’heure 4 gazinières fatiguées et deux frigidaires doivent servir à l’ensemble du camp.

“Le premier combat, c’est que le camp soit démantelé et que toutes ces personnes soient relogées. Mais en attendant, nous travaillons aussi pour que d’ici là, les conditions soient décentes”, précise Claude.

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