Amal, réfugiée syrienne à Bruxelles depuis 1 an: "À l'école je dois retirer mon voile, je me suis habituée"

AMAL | 19 ANS | BRUXELLES | ARRIVÉE EN MAI 2016 |Témoignage anonyme

Amal (prénom d'emprunt car elle souhaite garder l'anonymat), 19 ans, vit à Bruxelles depuis un an avec ses parents et l'une de ses sœurs. Son père était arrivé un an plus tôt après avoir fait le voyage habituel des migrants du Proche-Orient, traversant la mer entre la Turquie et la Grèce. La famille a pu être reconstituée grâce au principe de regroupement familial que permet la Belgique sous certaines conditions.

Avant de fuir, Amal étudiait l'anglais à l'université à Lattaquié, une ville située au bord de la Méditerranée, sous le contrôle du régime de Bachar El-Assad. Chez nous, elle étudie aussi les langues, mais cette fois le français. Elle s'y consacre à plein temps, consciente que la langue constitue la porte d'entrée obligatoire pour accomplir des études, travailler, s'intégrer. Elle rêve d'entamer des études de psychologie car c'est un métier qui aide les gens, qu'ils soient réfugiés ou Européens.

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Pourquoi as-tu quitté la Syrie ?

Les alentours de la ville (Lattaquié) n'étaient pas sûrs, quelque chose pouvait survenir à tout moment. Et puis, notre niveau de vie baissait, les prix avaient fortement augmenté. Même en cumulant quatre jobs, on ne s'en sortait pas. Mais avant tout, mes parents sont partis de la Syrie pour que je puisse continuer mes études car il n’y a pas de futur chez nous.

Comment es-tu arrivée en Belgique ?

Mon père est parti avant nous, un an plus tôt. Il a fait comme tout le monde: de la Turquie, il a rejoint la Grèce sur une sorte de bateau. Il a pu obtenir un faux passeport espagnol en Grèce, et de là il est venu en Belgique. Après quelques mois il a demandé un regroupement familial pour que nous puissions venir ici, ma mère, ma sœur et moi. Nous sommes venues en avion du Liban car il n’y a pas de vol à partir la Syrie. On a fait une escale en Grèce puis on est venue ici à Bruxelles.

Ma soeur est née avec un handicap. (NDLR: Amal nous décrit comme elle peut les symptômes: mouvements lents, difficultés à marcher et à porter, communication difficile, mais le cerveau fonctionne bien. La cause: un manque d’oxygène à la naissance). C’est pour ça qu’on a pu la faire sortir de la Syrie.
J'ai deux autres sœurs, l'une est mariée et est restée à Lattaquié. L'autre vit en Suède.

C’était la première fois que tu sortais de la Syrie ?

Je suis souvent allée au Liban mais c’était ma première fois en Europe. Pareil pour ma mère et ma sœur.

Vous avez tous des papiers ?

Oui, on les a eus deux mois après notre arrivée. On les a pour un an, on doit les renouveler bientôt. Mon père, lui, les a pour cinq ans.

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Tu te souviens de ton premier jour en Belgique, à Bruxelles ?

C’était un matin, avec de la pluie. Le temps était très diffèrent comparé à la Syrie où il faisait chaud. Ici, c’était du vent avec de la pluie.
Il y a bien sûr une différence entre ici et là-bas, mais ce n'est pas si grande différence comme on le pense en Europe.
Les bâtiments sont anciens à Bruxelles, mais c’est joli!

Pourquoi Bruxelles?

Nous avons de la famille qui vit depuis vingt ans à Bruxelles, on passe la plupart de notre temps avec eux, on ne connait personne d’autre ici en Belgique.

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Que fais-tu actuellement ?

J’étudie le français à Uccle depuis 7 mois. Mes parents ne veulent pas que je travaille pour l’instant afin de me concentrer sur les études. Je veux finir d’apprendre le français avant d’entrer à l’université.

Quel est ton niveau de français?

Je passe le module 4, sur 8 ou 9 modules. Il faut au moins atteindre le module 5 pour suivre les cours à l’université. Mais moi je préfère avoir le module 8 pour pouvoir bien parler quand j’irai à l’université, sinon ça va être difficile. Mais ça avance bien.

Quelles études veux-tu entamer ensuite?

Je pense faire la psychologie à l'ULB (Université Libre de Bruxelles), j’aime ce domaine et il y a beaucoup de personne ici en besoin d’aide sociale et psychologique.

Comment se déroulent tes journées?

Je passe beaucoup de temps à l’école, 4 ou 5 jours par semaine. Sinon je révise à la maison. À l'école, il n’y a pas beaucoup de Belges qui parlent le français, donc c’est difficile de le pratiquer.
On passe beaucoup de temps en famille et je pense trouver un job pour l’été.
Je me suis fait des amis à l’école, on sort parfois.

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Qu'est-ce qui était mieux en Syrie qu'ici?
Ici, les crottes de chiens sont nombreuses donc l’odeur n’est pas terrible (rires). Tu sens que tu changes d’air, mais en fait il n’est pas propre du tout ici. Malgré qu’on a la guerre et de la pollution, dès qu’il pleut chez nous tu sens des bonnes odeurs. Alors que quand il pleut ici, tu ne peux plus respirer.
Et puis, la nourriture européenne n’est pas bonne.

La nourriture syrienne te manque ?
Oui mais il y a pas mal d’Arabes ici, donc ça ne manque pas trop.

Et ta mère cuisine surement ?

Oui exactement

Et qu'est-ce qui est mieux ici en Belgique ?

Il y a moins de pauvres. Les études sont accessibles, leur niveau est plus élevé et elles sont plus réputées. Ici en Belgique, tu as un futur possible dans les études et le travail.
Les transports sont biens et pas chers pour les réfugiés.

Vous recevez l’aide du CPAS ?

Oui, nous sommes 4 donc chacun reçoit 570 euros. Lorsqu’on est seul, on touche environ 870 euros.

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De nombreux Belges estiment qu'avant d'aider des réfugiés comme vous, il faudrait d'abord aider les Belges les plus démunis. Que penses-tu de ce raisonnement?

C’est leur droit de penser ça. C’est sûr que les personnes préfèrent aider les gens de leurs pays avant d’aider un étranger. Cela s’applique à tout le monde, pas qu’aux Belges. En plus, les réfugiés syriens sont nombreux, et c’est difficile d’aider tout le monde. J’ai remarqué que la Belgique est meilleure que certains pays dans ce domaine.

Te sens-tu intégrée dans la société belge?

Oui, je ne sens pas une séparation ou du racisme. À l’école je n’ai pas le droit de porter le voile. C’est le cas dans la plupart des écoles ici. Quand j'arrive, je vais aux toilettes pour l’ôter car on ne l’accepte pas en cours.  Cela fait 7 mois que je le fais donc je me suis habituée. Il y a beaucoup de filles qui portent le voile ici, elles doivent toutes le retirer.

Tu es toujours en contact avec des personnes en Syrie ? Quelle est la situation?

Je communique seulement avec ma sœur qui vit toujours à Lattaquié. Les prix continuent de grimper. Les personnes sont armées, il y a beaucoup de crimes. C’est normal d’être armé la bas, il y a pas mal de vols, des personnes se font cambrioler leurs maisons, ou se font tuer chez eux et personne sait qui fait quoi. On ne sait plus qui est contre qui et qui fait quoi.

Si la guerre se termine en Syrie, tu penses y retourner ?
Moi non. Mes parents peut-être, mais moi non car je ferai mes études ici.

Et si tu échoues dans tes études ?

Je changerai d’université (rires) mais je ne pense pas que je puisse retourner faire les études en Syrie. J’ai commencé ici. Je ne compte pas tout recommencer dans mon pays.

Quel est ton rêve de vie en Belgique?

Je veux devenir psychologue. C’est bien pour tout le monde et ça aide tout le monde. Il y a beaucoup de personnes de mon pays qui en ont besoin et aussi dans d’autres pays. En Europe par exemple il y a de nombreux de cas de suicides et de dépression, j’aimerais aider ces personnes.
Je souhaite parler plusieurs langues. Quand je parlerai bien le français, j'apprendrai le néerlandais. J’ai un bon niveau anglais mais je veux l’améliorer. Et peut-être encore apprendre une autre langue plus tard.

Article original: http://feedproxy.google.com/~r/rtlinfo/belgique/~3/4vhbNE4PBPI/amal-refugiee-syrienne-a-bruxelles-depuis-1-an-923078.aspx