En Birmanie, une guérilla rohingya sommaire mais déterminée

Mohammad Omar avait l’habitude de franchir la frontière du Bangladesh pour y vendre des cigarettes. Ces derniers temps, il a une tout autre mission: réapprovisionner la jeune rébellion rohingya qui combat l’armée birmane.

En face du Bangladesh, dans les collines de l’État Rakhine de l’ouest birman, de nouvelles recrues de cette insurrection naissant de la révolte de la minorité musulmane persécutée sont entraînées et armées, raconte à l’AFP Mohammad, 20 ans.

L’État Rakhine (aussi appelé Arakan) est historiquement le théâtre de frictions entre la communauté rohingya, marginalisée, et la majorité bouddhiste. La violence s’est accentuée ces derniers années et a engendré une grave crise humanitaire.

La semaine dernière encore, des affrontements ont fait 110 morts au moins et poussé plus de 20.000 Rohingyas à chercher refuge au Bangladesh.

Mohammad Omar (un pseudonyme), dont le témoignage n’a pas pu être vérifié indépendamment par l’AFP, se présente comme un fantassin de la nouvelle Armée du salut rohingya de l’Arakan (ARSA). Il raconte avoir participé à un assaut avec 170 rebelles rohingyas sur des postes de l’armée pour s’emparer de l’arsenal.

“Nous n’avions pas d’armes à feu donc nous les avons attaqués comme un essaim de frelons aux cris de +Allah Akbar+ en brandissant nos bâtons et nos machettes”, relate le jeune homme. “Nous les avons submergés en nombre, à 17 contre 1”.

“La plupart des soldats ont pris peur et se sont enfuis pour sauveur leur vie. Nous avons saisi leurs armes et leurs munitions”, dit ce combattant simplement vêtu d’un jogging et d’un T-shirt et chaussé de sandales.

Son récit offre un aperçu du jeu du chat et de la souris entre insurgés et forces de sécurité birmanes dans les profondeurs de l’État Rakhine, impossibles d’accès aux observateurs.

Jusqu’à une date récente, il n’existait pas de lutte armée au sein de la communauté rohingya. Mais en octobre dernier, l’ASRA – appelée localement Harakah al-Yaqin -, groupe jusque là inconnu, a lancé des assauts coordonnés contre des postes de police et fait replonger la région dans un énième cycle de violence.

L’émergence d’une rébellion organisée projette le conflit au Rakhine dans une nouvelle dimension, selon les experts.

Mohammad Omar dit avoir rejoint les insurgés de l’ASRA après leur premier fait d’armes en octobre, répondant à l’appel aux Rohingyas à se soulever pour défendre leurs villages.

Il a cessé de vendre des marchandises au Bangladesh mais continue d’utiliser son permis d’entrée pour faire des stocks d’aliments secs et autres denrées dans le but de les apporter à la guérilla.

Selon un rapport de l’International Crisis Group, la rébellion est financée par des Rohingyas basés en Arabie saoudite et commandée sur le terrain par des hommes ayant l’expérience de ce type de combat.

Mais au-delà d’un entraînement de base avec quelques Kalachnikov et autres armes à feu, Mohammed explique que les nouveaux arrivants doivent composer avec un arsenal plutôt sommaire.

“Nous avons des machettes, des couteaux, des bâtons et quelques mines en notre possession”, décrit-il. Des villageois sympathisant à leur cause leur apportent un peu de nourriture.

  • Hommes absents –

La Birmanie qualifie les rebelles de “terroristes bengalis” et les accuse de commettre des atrocités contre les populations civiles, aussi bien rohingyas que d’autres communautés.

L’ASRA dit se battre pour défendre les Rohingyas contre les exactions des militaires et de la communauté bouddhiste, qui selon elle cherchent à se débarrasser des Rohingyas dans cette région.

Les Nations unies considèrent que la campagne de répression de l’armée birmane au Rakhine pourrait s’assimiler à une épuration ethnique.

Considérés comme des étrangers au sein d’une Birmanie à plus de 90% bouddhiste, les Rohingyas sont apatrides même si certains vivent dans ce pays depuis des générations.

Estimés à un million de membres, ils n’ont pas accès au marché du travail, aux écoles, aux hôpitaux et la montée du nationalisme bouddhiste ces dernières années a attisé l’hostilité à leur encontre.

Si de plus en plus de jeunes Rohingyas semblent répondre à l’appel de l’ASRA, sa lutte fait débat dans les rangs de la communauté paria.

“Ces fermiers qui deviennent des combattants avec un maigre arsenal n’obtiendront rien de plus que davantage de souffrance pour les musulmans rohingyas”, estime un important leader communautaire, rencontré par l’AFP dans un camp de réfugiés et qui a préféré conserver l’anonymat.

Les familles de réfugiés débarquant au Bangladesh se composent de plus en plus souvent uniquement de femmes et d’enfants. D’après leurs témoignages, les hommes restent derrière pour combattre.

Mohammad Omar affirme qu’en à peine deux jours, 64 jeunes Rohingyas ont quitté la misère noire des camps de réfugiés du Bangladesh pour rejoindre son unité.

“Maintenant ils s’entraînent dans nos bases”, dit le jeune rebelle.

“De nombreux hommes arrivent et al-Yaqin (l’ASRA, ndlr) grossit de jour en jour. Notre indépendance n’est pas loin”, lance-t-il.

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