En se présentant devant une maison pour tapage nocturne, les policiers n'imaginaient pas l'incroyable suite judiciaire

Des femmes en string et soutien-gorge, la musique à fond, des effluves de marijuana… Quand ils se présentent à 1h du matin devant cette maison de Washington, les policiers Andre Parker et Anthony Campanale sont loin d’imaginer l’incroyable suite judiciaire qu’aura ce banal tapage nocturne.

Les deux agents en uniforme répondent à l'appel d'un voisin excédé par ce qui ressemble fort à une joyeuse soirée de débauche, dans un quartier normalement tranquille. La maison en question est d'habitude inoccupée, a précisé au téléphone l'honnête résident au sommeil troublé.

Parker et Campanale font d'abord ce que font tous les policiers en pareille situation: ils tentent d'identifier l'organisateur ou l'organisatrice de la fête. La chose n'est pas facile. A leur arrivée, les noceurs se sont volatilisés dans les étages. Voilà donc les policiers forcés à une partie de cache-cache nocturne, et c'est eux qui s'y collent!

“Peaches” n'est pas là

Les deux hommes progressent dans la bâtisse en grand désordre, poussent les portes des chambres et des salles de bain, à la chasse aux fêtards. Ils parviennent finalement à rassembler 21 personnes, dont un homme réfugié dans un placard et quelques strip-teaseuses aux billets de banque encore glissés dans la jarretière.

Mais aucun des convives ne semble être à l'origine de la bringue. Certains disent avoir été invités à un anniversaire, d'autres à un enterrement de vie de garçon. Invités par qui? Par “Peaches”, répondent-ils. Problème, “Peaches” n'est pas là. On l'appelle sur son portable, elle se montre évasive, refuse de venir, finit par raccrocher après avoir lâché aux policiers qu'en effet la soirée a été lancée sans la permission du propriétaire de la maison.

Violation de propriété

Les deux agents du Metropolitan Police Department sont rejoints par leur chef, le sergent Andre Suber. Ce dernier décide d'ordonner l'arrestation de tous les participants pour violation de propriété, une infraction qu'on ne prend pas à la légère en Amérique. Mais aux Etats-Unis il ne faut pas rigoler non plus avec la Constitution, et notamment le quatrième amendement qui protège les citoyens contre les saisies et les arrestations abusives.

Sur ce fondement, seize des 21 personnes arrêtées saisissent la justice fédérale. Les plaignants affirment qu'ils ignoraient avoir pénétré illégalement dans une propriété privée. Et ils mettent les policiers au défi de prouver le contraire.

680.000 dollars

Les 16 fêtards obtiennent raison au tribunal. “Rien de ce que la police a appris sur place suggère que (les convives) savaient ou auraient dû savoir qu'ils étaient entrés sans l'avis du propriétaire“, estime le juge dans sa décision.

Les policiers se retrouvent donc condamnés à payer 680.000 dollars aux “invités qui ne l'étaient pas“, soit un million de dollars avec les frais d'avocats. La décision est plus tard confirmée par la cour d'appel de Washington, au grand dam des autorités de Washington.

Cette histoire menace d'avoir “un effet dissuasif sur les policiers, affectant de manière défavorable la capacité des agents locaux et fédéraux à remplir leur mission quotidienne et difficile pour protéger la population“, réagit alors Karl Racine, le procureur général de la capitale fédérale.

9 ans plus tard

La cour d'appel refusant dans un second temps de réexaminer le dossier en assemblée plénière, Washington décide d'en appeler à la Cour suprême. L'affaire doit être entendue mercredi. Entre la soirée mémorable qui remonte à mars 2008 et l'audience solennelle devant les neuf sages du temple du droit des Etats-Unis, plus de neuf années se sont écoulées.

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